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Oui, les serious games peuvent servir l'intérêt général !

BRED
Le 20 juill. 2018

Vainqueur du prix Fintech en 2016 au Coopérathon de Montreal, puis du prix Education l’année suivante, Clément Debetz, fondateur du studio Ako à Montréal, est persuadé que ses jeux-vidéos sérieux peuvent servir l’intérêt général.

Dans quel état d’esprit vous êtes-vous présentés au Cooperathon la première fois ?

Clément Debetz : Au premier Coopérathon on est arrivés pour ainsi dire « les mains dans les poches » ! On avait une idée de départ : induire plus de transparence dans le domaine de l’assurance. Notre idée forte tenait en une phrase : On devrait pouvoir acheter une police d’assurance, et pas se la faire vendre. Il n’était pas encore question de jeu vidéo à ce stade, seulement de changer les choses au bénéfice du consommateur, qu’il comprenne mieux en quoi consistent ses garanties, comment sont fixés les tarifs. Notre solution devait le rendre capable de concevoir lui-même son contrat, pour finalement rencontrer les assureurs en bout de parcours sur une place de marché virtuelle.

En quoi le format du Cooperathon a-t-il permis de faire germer votre projet ?

C. D. : Le Coopérathon est le seul endroit où l’on peut arriver sans forcément avoir une équipe déjà constituée, un projet, ni même une idée mais seulement l’envie de faire quelque chose. Les participants sont pris en main par de grands professionnels, qui ont l’habitude d’entendre pitcher 50 projets par mois en temps normal, et qui dans ce cadre prennent le temps d’expliquer :  Comment bien travailler son idée, sa présentation. Quel but poursuit un investisseur ?  Comment le convaincre, comment il se décide. Sans perdre de vue l’utilisateur, le destinataire final de ces solutions.  Au cours de ces sessions, ces mentors, ces coaches, sont véritablement là pour accompagner, pour challenger tes idées. On peut entendre des choses comme « D’où tu sors ça ? Pourquoi tu dis ça comment tu vas t’y prendre ? Ce sont des conditions extraordinaires pour développer son projet.

Mais le principal atout du Coopérathon réside dans sa durée : un mois, ça donne le temps pour l’expérimentation, mener des recherches, mûrir son projet lentement mais sûrement.  

Comment en êtes-vous venus à créer « Just insuring » ?

C. D. : Nous avons démarré avec une analyse du marché : un rapide tour des sites des compagnies d’assurances, puis nous avons décidé d’aller poser des questions dans la rue pour tâcher de comprendre ce qui est important pour eux, ce qu’ils en attendent. Le hic, c’est qu’avec nos questionnaires sur l’assurance, tout le monde nous soupçonnait de vouloir leur vendre quelque chose et partait sans nous répondre. Nous nous sommes trouvés face à un dilemme : comment faire pour que les gens nous parlent ?

Ayant travaillé longtemps dans l’industrie du jeu vidéo, j’ai eu l’idée de faire un jeu, une interface ludique sur Ipad, pour déclencher la conversation. Cette fois les passants ont été réceptifs, et ont même voulu en savoir plus, soudain inquiets de ce que contenait leur propre police d’assurances. A croire que la majorité d’entre eux signent des contrats qu’ils ne comprennent pas, pensent être couverts alors qu’ils ne le sont pas.

Nous avons découvert à cette occasion le pouvoir du jeu vidéo, la liberté et l’autonomie que confère le fait de jouer avec une application sans qu’il y ait un biais commercial. C’est dans cet esprit-là et en référence au cours du MIT « just money : banking as if society matters » que nous avons baptisé notre solution « Just Insuring »

 Clement Debetz Portrait

Avec Just insuring, vous avez remporté un prix dans la catégorie Fintech, Dans quelle mesure la compétition a-t-elle joué le rôle de rampe de lancement ?

C. D. : Au lendemain de la compétition, nous avons été invités à pitcher dans nombre de colloques et nous avons décroché près d’une centaine d’entrevues. Nous avons fait le tour des entreprises d’assurance pour essayer de vendre cette solution, mais sans succès. Certes, nous n’avons pas dû rencontrer les bons investisseurs, mais l’impression qui dominait, de rendez-vous en rendez-vous, c’était celle d’une industrie réfractaire à l’innovation.

Au bout de 6 mois, notre prototype était toujours assez basique, mais nous continuions de croire en notre approche. Nous avons décidé de changer d’angle d’attaque : il fallait prendre le problème à la racine et mettre l’accent sur la formation des courtiers en assurances, pour éviter qu’ils perdent de vue l’intérêt du client au moment de lui vendre une police d’assurance.

Nous avons mis au point un outil de formation interne et une banque d’affaires s’est montrée intéressée. C’est ce qui a défini l’orientation de notre société Ako solutions. Ako en maori signifie « apprendre ». Aujourd’hui nous designons des solutions de Game learning pour toutes sortes de thématiques.

En quoi consistent les « serious games » que vous concevez aujourd’hui ?  

C. D. : L’an dernier nous sommes retournés au Coopérathon et nous nous sommes associés à l’association Vélo Québec pour un jeu qui apprend aux enfants à se méfier des angles morts à vélo. Nous avons remporté le prix dans la catégorie « éducation ». Notre but est de proposer des expériences qui gardent les utilisateurs connectés tout en veillant à ce qu’ils soient autonomes : ils passent leur temps à faire des choix. S’ils ne sont plus intéressés, ils peuvent toujours emprunter l’une des portes de sorties disséminées tout au long du jeu. 

Dans l’un de ces jeux, l’interface est en 2 dimensions. Face au joueur se trouve un personnage qui peut être son patron, son client son employé, et qui possède 8 émotions de base : content, triste, déçu, hautain, interrogatif, etc. Le joueur a des défis à relever, des objectifs à tenir. Selon ses choix, l’expression du personnage change, certains indicateurs évoluent, son degré de satisfaction, son moral, sa volonté de claquer la porte par exemple.

cran 1 exemple Ako Solutions

Ecran 2 exemple Ako Solutions

Que recherchent les entreprises qui font appel à vos services ?

C. D. : Nous n’essayons pas systématiquement de vendre quelque chose au joueur, au contraire le but est de lui donner les moyens de choisir en connaissance de cause. Toutes nos solutions sont conçues pour respecter la vie privée de l’utilisateur. Nous récoltons de l’information mais seulement en dressant des profils d’utilisateurs types. Les données personnelles du joueur ne lui sont demandées qu’à la fin, s’il consent à être mis en relation avec nos organismes partenaires pour un service qui l’intéresse. Notre mantra reste « Arrêtons de se faire vendre, achetons ».

Nos clients font aussi appel à nous lorsque leurs problématiques sont trop complexes à vulgariser via un simple site Internet ou une campagne de pub. Notre ambition est de proposer des jeux où l’utilisateur apprend toujours quelque chose, des jeux qui lui ouvrent des horizons qu’il ne soupçonnait pas.

Notre objectif enfin est de faire changer d’avis ceux qui croient encore que les jeux vidéos c’est inutile et on n’apprend rien. J’ai moi-même passé beaucoup de temps à jouer lorsque j’étais jeune, j’ai appris plein de choses mais de l’ordre des soft skills, en termes de communication, d’entraide ou de logique. En adressant des thématiques sérieuses, nous voulons passer un cap et contribuer à ce que les joueurs puissent prendre conscience de certaines choses ou a minima faire des choix éclairés.

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Image de couverture : Carl Raw via Unsplash

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