Les patrons des GAFAS Europe

Le Parlement écarte une loi qui aurait pu bouleverser internet

Le 5 juill. 2018

Protéger les droits d’auteurs sur le web : dans l’idée, c’est bien. Dans les faits, ça aurait pu être très compliqué d’un point de vue utilisateur. De toutes façons, dans tous les cas, ce sont les GAFA qui gagnent.

Vous ne l’avez peut-être pas vue passer, mais une directive européenne visant à protéger les droits d’auteurs a déchiré internet ces dernières semaines. L’objectif : obliger les grands du web (réseaux sociaux notamment, mais pas que) à rémunérer les artistes et les médias, ou à mettre en place des outils de filtrage pour les contenus qui seront partagés sur leurs canaux. Respecter le contenu produit par autrui, on est plutôt pour, évidemment !

Alors comment expliquer le lobbying qui s’est mis en place à Bruxelles ces derniers temps ?

Tout d'abord, revenons précisément sur deux articles : l’article 11 (surnommé « Link Tax ») prévoyait que les éditeurs de presse puissent exiger une rémunération de la part des agrégateurs de contenus (coucou Apple News, Google News !). L’article 13 de son côté demandait aux plateformes en ligne de filtrer chaque contenu posté par les utilisateurs. Un poil problématique en termes de respect des données personnelles, comme le soulignait d’ailleurs le groupe représentant « les architectes et pionniers originaux d’internet et leurs successeurs ». Selon eux, l’article 13 aurait fait d’internet « un outil de suveillance et de contrôle automatisé de ses utilisateurs »…

La tension était telle que le 5 juillet 2018, les eurodéputés ont finalement refusé d’approuver la directive avant de repousser à septembre la validation d’une nouvelle version.

Si on protège les auteurs sur internet, ce sont les GAFA qui gagnent

Ce projet de loi reflète toutes les crispations qui règnent sur le digital. Parmi les opposants, on retrouve – en vrac – les puristes qui veulent un web libre, les boîtes made in Silicon Valley, les startups…

Côté utilisateurs, on pleure de ne plus pouvoir utiliser des GIF et memes comme on l’entend sans devoir payer des droits d'auteur. Côté boîtes… on déplore un budget faramineux à débloquer pour mettre en place les outils de vérification.

Même Wikipédia a fait grève pour protester. En Espagne, Italie et Pologne, les internautes étaient redirigés vers une page protestant contre le projet de loi. Dans d’autres pays européens, une bannière incitait les utilisateurs et utilisatrices à s’y opposer. L’argument ? La directive aurait directement profité aux GAFA. Interviewé par BBC Radio 4, Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia expliquait : « L’une de mes plus grandes peurs, c’est que les filtres obligatoires ne fassent que renforcer le pouvoir de Google et Facebook, qui ont déjà les capacités techniques pour les mettre en place. Les plus petits acteurs, les startups, toutes les autres plateformes que les gens utilisent vont être bloquées ».

Si on ne protège pas les auteurs sur internet… Ce sont les GAFA qui gagnent aussi

Intéressant, car la victoire des GAFA est aussi un argument avancé par l’autre camp. Comme le rapporte Le Monde, Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques a exprimé sa déception sur Twitter.


Pour David El-Sayegh (secrétaire général de la SACEM), la décision du Parlement ne relève que d’une « campagne de désinformation » orchestrée par les GAFA.

Si l'on croit voir partout la main des GAFA dans les décisions politiques c'est que leur incroyable capacité de lobbying est réelle. Et surtout, que les internautes ou ceux qui pourraient représenter les citoyens semblent incroyablement passifs dans ce débat (vous avez agi, vous ?).

Quand on voit que les atteintes à leur vie privée n'ont que peu d'impact sur leurs usages, on imagine bien que les histoires de droits d'auteurs, ça leur paraît très très lointain...

Commentaires
  • oui j'ai agi, ainsi que 100 de mes connaissances. Internet EST un outil de culture formidable, je ne l'utilise pas pour les memes ou les gifs, mais pour apprendre plus sur le monde en général, sur tout. Je suis musicienne débutante, je fais des reprises de chansons sur ma chaine YouTube, et cette loi aurait tué ma carrière dans l'oeuf. Donc oui, tant mieux que le projet de loi soit repoussé en Septembre. Nous, les bébés d'Internet, nous serons là pour nous battre contre la surveillance automatisée que l'Europe veut mettre en place. Parce que OUI, c'est bien de cela qu'il s'agit : regarder ce que vous faites chez vous, sur votre ordinateur. Vous aimeriez que deux mecs vous filment avec des caméras h24 à votre domicile, planqués partout ? Non ? Et ben le principe est EXACTEMENT le même.

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