Carrie Bradshaw et Miranda Hobbes dans Sex and the City

Ces gens qui quittent leur job pour devenir entrepreneurs

Le 31 mai 2018

Surprise ! Les entrepreneurs sont moins stressés que les salariés. Mais avant de vous lancer parce que vous ne supportez plus votre patron, on fait le point avec les concernés.

Selon une étude menée par OnePoll pour VistaPrint, les entrepreneurs sont plus heureux (81%) que les salariés (70%). Mais ce n’est pas tout : ils seraient aussi moins stressés (43% vs 61%) ! Parmi les facteurs qui contribuent à cette satisfaction professionnelle, on retrouve la liberté de décision (62%), l’autonomie (57%) et le fait de ne pas avoir de patron (56%).

Vous avez envie de vous lancer les yeux fermés ?

Réfléchissez-y à deux fois : tout le monde n’est pas fait pour être indépendant ! Pas d’horaires, pas de salaire fixe, pas de collègues… Rencontre avec celles et ceux qui ont fait le pari de l’indépendance et qui en dressent un portrait honnête.

« C’est une situation satisfaisante, mais plutôt court-termiste. »

Raphaël Mayol a lancé son studio d’écritures mêlant planning stratégique et conception-rédaction en 2016. « Le projet est né d’une lassitude par rapport à des modèles d’agence, où les problèmes de management et le manque de reconnaissance par rapport au travail fourni m’ont donné envie d’autre chose ». Au départ, l’aventure n’est pas facile : « j’ai ressenti pas mal de négativité : certains étaient sceptiques à l’idée de mélanger stratégie de marque et conception-rédaction ». Il se lance quand même, « par la force des choses et sans vraies certitudes », à la suite d’un contrat qui se terminait.

Aujourd’hui, il est formel : d’un point de vue professionnel, l’aventure est positive. « J’ai la chance que ça fonctionne bien pour moi. Je ne peux pas encore me permettre de choisir mes sujets, mais je suis bien identifié : on me propose des projets qui sont adaptés à ce que j’ai envie de faire, ce que je peux donner ». L’un des gros aspects positifs de son changement de vie, c’est le rapport au temps. « En agence, le temps est extensible : tout le monde doit pouvoir rester une heure ou deux de plus, programmer une réunion hyper tardive. Quand tu es indépendant, c’est différent : puisque le temps est facturé, il devient beaucoup plus précieux pour les agences ». Le résultat, c’est que Raphaël a plus de temps pour faire « d’autres choses, comme devenir formateur aux Gobelins »… ou aller au musée ou partir loin. « Si j’ai envie de délocaliser une semaine, c’est possible. Si je prends mon aprem' pour aller au musée, ça ne va embêter personne ».

Globalement, Raphaël a l’impression de mieux travailler. « Ça vient aussi d’un rapport de force plus égalitaire avec les agences : j’ai plus de pouvoir de négociation qu’une personne intégrée à la structure ».

« Ce qui est plus embêtant, c’est le manque de suivi d’un sujet à l’autre : on t’appelle un peu en mode pompier, sur des missions assez courtes. Je pense que la liberté s’arrête quand tu deviens tributaire de ça ». Le manque de projection dans le temps le force à vivre dans l’instant présent. « C’est intéressant parce que tu évolues dans un circuit un peu à part, mais de l’autre, tu as toujours la question de savoir si ça va s’arrêter en suspend au-dessus de la tête ».

Enfin, ce qui lui pèse le plus – « mais c’est très personnel » - c’est le fait de ne plus travailler en équipe. « Je suis mon propre moteur, de ce côté-là c’est enrichissant. Mais de l’autre, tu dois endosser tous les rôles, il n’y a pas d’émulation d’équipe. Tu ne peux pas te permettre d’avoir un coup de mou ». Quant à savoir s’il a la volonté de recruter, à terme, Raphaël n’en est pas certain… pour le moment. « Trop se développer, c’est risquer de tomber dans les travers des grosses structures. C’est peut-être la prochaine étape, mais elle n’est pas pour tout de suite ». Cela dit, il n’a pas envie de travailler seul toute sa vie. « C’est un bon modèle pour tester des choses. Mais j’ai besoin d’être entouré pour grandir et évoluer : le salariat t’apporte une émulation ».

Pour l’instant, Raphaël trouve son compte en travaillant ainsi. « C’est aussi dû à mon métier : c’est le marché publicitaire qui veut ça. Les professions sont de plus en plus externalisées pour les besoins ponctuels. Ça peut créer une sorte d’effritement, et je pense que les agences vont avoir besoin de ré-internaliser ».

À celles et ceux qui voudraient se lancer, il rappelle que cela implique « un esprit flexible et un peu aventurier : tout le monde ne peut pas gérer cette espèce de vide, qui demande des ajustements émotionnels – pour s’habituer à travailler seul, apprendre à gérer les clients, à célébrer les bonnes victoires et à accepter les déconvenues ».

En savoir plus : https://lestropiques.studio/

« Quand tu es indépendant, tu recrées le cadre que tu avais en étant salarié. »

Hugo Depraiter a commencé à travailler à 18 ans, en tant que technicien sur des tournages. « C’était un cadre très libre : je travaillais par intermittence, c’était assez irrégulier ». Il rejoint ensuite une agence de communication pendant 4 ans et découvre les horaires de bureaux… qu’il « explose » : « je faisais du 7h-minuit tous les jours », confie-t-il. Mais ce n’est pas ce rythme de folie qui le pousse à lancer sa boîte au mois de janvier 2018. « Je ne dirai pas que je suis plus heureux en étant entrepreneur qu’employé. Mais je suis plus épanoui : quand tu te lances, il y a cette idée d’aboutissement, de construction et de trouver du sens à ce que tu fais ». Ce qu’il apprécie le plus, c’est que les filtres entre les attentes de ses clients et le produit fini ont disparu. « Tu prends forcément les choses de façon plus personnelle lorsque tu travailles à ton compte. D’un point de vue créatif, ça m’aide à ressentir et à traduire ce que veulent les gens avec qui je travaille ». En agence, les processus de validation, le besoin d’expliquer et de briefer sans cesse créait selon lui « une sorte d’entonnoir », qui fait que ceux qui font n’ont pas accès à « l’essence de la demande du client ». « Tu en as un résumé, et tu dois faire avec ». Il ne cache pas que ce manque de visibilité a pu lui manquer. « Je pense vraiment que les gens doivent comprendre pourquoi ils font les choses : il faut donner un sens aux tâches effectuées ».

Aujourd’hui, s’il n’a pas peur dans le modèle qu’il a choisi, c’est parce qu’il a le sentiment d’accomplir quelque chose. « La satisfaction n’est pas liée au fait d’avoir des vacances : j’ai tenté une aventure. Je fais du mieux que je peux ». Il admet même qu’il était plus effrayé quand il était en agence ! « La peur que la stabilité s’arrête est, selon moi, pire que la peur de ne pas savoir de quoi demain sera fait ».

Pour lui, le fait de pouvoir choisir ses clients n’est pas un but en soi. « Je pense que même quand un projet nous déplaît, il faut savoir le considérer : ça t’impose une certaine rigueur. Ça fait partie d’un cadre quand tu es salarié, et tu le recrées quand tu es indépendant : ça crée des limites, des règles ». Pour autant, Hugo ne s’impose pas d’horaires – « mais je devrais ! ». En revanche, il s’impose une rigueur commerciale. « J’essaye de répliquer ce que j’ai pu rencontrer dans la structure où j’étais ».

Le fait d’avoir été salarié lui permet aussi de savoir dans quelles dérives il ne veut pas tomber. « Je n’ai pas envie de faire sentir le poids d’une structure à mes équipes. Le lien humain, la discussion, la créativité… c’est ça que j’ai envie de privilégier. C’est facile de dire ça quand tu es 4, à partir du moment où tu deviens 15, c’est plus compliqué ». En raison de son modèle – Hugo active un réseau de créatifs en fonction des projets -, recruter de façon permanente est compliqué. « C’est quelque chose qui se développe énormément. J’ai le moins de charges salariales possible, et je suis plus agile ». Il admet que son métier lui permet cela – « nos outils se sont digitalisés, démocratisés. Ce ne serait pas pareil si j’étais artisan ».

Quant à savoir s’il retournera vers le salariat un jour, Hugo ne se pose pas la question. « Ce n’est pas une idée que je rejette. Si je me plante, pourquoi pas. Je n’irais pas à reculons : je pourrais très bien m’y plaire ! »

En savoir plus : https://vimeo.com/braveparis

« Quand tu montes ta boîte, ta vie professionnelle devient aussi ta vie personnelle. »

Caroline Lacharme a lancé sa marque de sacs à main à la suite d’un voyage en Colombie et plusieurs expériences en entreprise. « Au départ, c’était plus un projet personnel », confie-t-elle. Elle travaille, pendant 2 ans et demi, à temps plein sur sa société. « C’était enrichissant d’un point de vue personnel, mais pas la folie d’un point de vue financier ».

Elle explique que quand on se consacre à 100% à une aventure entrepreneuriale, « on oublie parfois sa vraie vie personnelle ». « Quand tu montes ta boîte, c’est aussi ta vie perso ! Il y a toujours un risque : tu te donnes complètement, et tu n’es pas sûre que ce soit payant ».

Elle se met alors à chercher un emploi et a la chance d’en trouver un dans un secteur qui lui plaît… « et de travailler aux 4/5ème, ce qui me permet d’être salariée et entrepreneuse ».

Un entre-deux qui lui convient très bien. « Après cette aventure, j’aurais eu du mal à retrouver un cadre très formel : j’ai besoin de liberté, plus que tout ». Agent de photographes dans une toute petite entreprise, la structure lui convient. « Il y a "salarié" et "salarié". Aujourd’hui je ne compte pas mes heures, mais je fais les choses avec plaisir ».

Elle estime avoir eu « la chance » de trouver un emploi qui lui permette de consacrer du temps à son autre projet, mais admet qu’elle aurait de toutes façons eu besoin de faire quelque chose à côté de son travail. « J’aime bien mon rythme actuel : j’ai une forme de sécurité à travers le fait d’être salariée, et le fait d’avoir ma boîte me permet de faire preuve de créativité ».

Le meilleur des deux mondes…

En savoir plus : https://www.palomi.fr/

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