Audition de Facebook au Congrès américain : le big show de la data

Audition de Facebook au Congrès américain : le big show de la data

Hier, le congrès américain nous a offert un superbe spectacle, une super production. D’abord, le crépitement de dizaines d’appareils braqués sur le héros du jour nous a signifié l’importance historique du moment, et celui vers qui tous nos regards devaient se braquer : Mark Zuckerberg… Puis John Randolph Thune, sénateur républicain de l’État du Dakota du Sud, libéral en économie, et très conservateur sur les questions sociales et familiales, a ouvert les cinq heures d’interrogatoire. Mâchoire carrée, épaules larges, digne et sévère, il a lancé un appel au réveil de la communauté de la tech en général et de Facebook en particulier.

« Monsieur Mark Zuckerberg, vous et la société que vous avez créée, vous représentez le rêve américain. Ce que vous faites inspire incroyablement de très nombreuses personnes. Mais en même temps, cela vous donne une obligation. Faire en sorte que ce rêve ne devienne pas le pire cauchemar de notre vie privée. »

C’était beau. On aurait cru une réplique du tonton de Spider-Man : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. »

« Nous vous écoutons. L’Amérique vous écoute. Et assez possiblement, le monde entier vous écoute aussi » avait conclu John.

Face blême et traits tirés, en contrebas, livré à la merci du regard inquisiteur de ses aînés, Mark Zuckerberg s’est prêté au jeu des questions-réponses. Côté pression donc, le jeune milliardaire a été servi généreusement, mais côté questions, il a pu se la jouer relax. Fastidieuses, souvent longues, généralement creuses, Mark a pu y répondre en saupoudrant ses interventions d’actes de contritions. Les médias ont bien reçu leurs lots de punchlines à se mettre sous le chapeau (vous y apprendrez, par exemple, que Mark ne souhaite pas dévoiler le nom de son hôtel…), et les compte-rendus résument le tout en cinq ou six points.

Finalement, comme chez feu Jacques Martin du temps de son école des fans, tout le monde est sorti ex æquo de ce périlleux exercise.

Mark Zuckerberg a pu montrer à quel point il était désolé et déjà à la manoeuvre pour reprendre en main ses sorties de routes.

Quant aux sénateurs américains – les démocrates qui ont connu l’affaire Snowden – comme les républicains – dont le président a été élu en surfant sur les failles du réseaux Facebook – se sont montrés tous unis pour défendre la sacralité de la confidentialité des données de leurs concitoyens. Ils nous ont presque fait oublier qu’ensemble, il y a quelques jours, droits dans leurs bottes, ils ont voté le CLOUD Act.

Et pour mettre du baume au coeur de tous ces ardents défenseurs de la privacy, Wall Street a offert à Facebook la plus forte hausse de son cours depuis avril 2016, soit +4,5%.