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30 juillet 2014
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Facebook : un désintérêt grandissant ?

TRIBUNE
Facebook : un désintérêt grandissant ?

Un flux d'activités rafraîchi chez Facebook est un épiphénomène sur un marché des réseaux sociaux qui ne cesse plus d'évoluer. Leader incontesté, et si Facebook devenait contestable ? Etat des lieux des premiers signaux faibles. Par Cédric Deniaud.

Difficile de passer à côté de la nouvelle de la semaine dernière : le nouveau flux d'activités ("newsfeed") de Facebook. Facebook suit dans sa logique d'évolution et d'enrichissement continus de son service. Clairement, on ne va pas se mentir mais la seule chose à retenir c'est l'arrivée de flux spéciaux pour consulter les photos de vos amis mais aussi la musique qu'ils écoutent ou bien encore les jeux et applications auxquels ils jouent.

 

En ce qui concerne la musique, on voit la volonté de Facebook de profiter du développement de cet usage mais aussi du renforcement de l'usage des réseaux sociaux par les artistes pour proposer un flux spécifique. De là à dire que Facebook se méfie de MySpace depuis son relancement et son repositionnement marqué dans l'univers de la musique (cf : MySpace renaît de ses cendres : faudra-t-il compter avec lui demain ?), c'est probablement prématuré mais on sait combien Facebook aime piquer des idées à ses concurrents : le flux d'actualités de Friendfeed, le principe d'abonnement de Twitter, les tests actuellement menés de Facebook Collections inspirés de Pinterest... et maintenant une certaine mise en forme qui rappelle Google+ voire même Pheed, le réseau social sur mobile qui monte.

 

En ce qui concerne le flux spécifique pour les photos, pour les utilisateurs d'Instagram (qui appartient depuis une petite année maintenant à Facebook suite à son rachat), ce flux vous rappellera forcément quelque chose. Car si Facebook craint beaucoup la concurrence de Twitter et Google, il doit aujourd'hui conjuguer avec des services comme TumblR ou Pinterest qui intéressent de plus en plus les internautes et les annonceurs. TumblR s'est engagé depuis quelques mois dans une vraie volonté de se faire une place durable sur le marché des médias sociaux en ayant annoncé un ensemble de nouveautés pour les annonceurs (cf : La montée en puissance des offres pour les entreprises sur les réseaux sociaux).

 

Si je vous parle de TumblR, c'est qu'aujourd'hui on a tendance à lire qu'une partie de la population inscrite sur Facebook commencerait à se désintéresser de ce service pour se détourner vers Twitter ou TumblR... et ceci est VRAI. Attention, je ne vais pas surtout vous dire que Facebook est mort, mais que la concurrence est aujourd'hui plus forte qu'elle n'a jamais été, et que Facebook apparaît de moins en moins comme un endroit cool... mais comme un lieu rempli de règles où la publicité semble être de plus en plus présente.

 

Il faut dire que depuis son entrée en Bourse l'année dernière et les variations fortes de son cours depuis lors, Facebook est placé dans une situation délicate où il a (excusez-moi l'expression) le "cul entre trois chaises" : les internautes, les investisseurs et les annonceurs. Si le nouveau flux d'actualités vise à faire rester plus longtemps l'internaute sur Facebook en lui mettant plus d'informations partagées par ses proches, c'est aussi pour augmenter le nombre de publicités et de messages sponsorisés que les marques pourront y afficher. Dans cette course à vouloir satisfaire tout le monde, Facebook semble néanmoins aujourd'hui largement privilégier ses actionnaires en montrant la volonté du service de multiplier les moyens de monétiser l'audience. Sauf qu'à ce jeu là, une partie des internautes commencent à ne plus s'y retrouver.

- Les jeunes : population migrante et peu fidèle par excellence sur Internet qui aujourd'hui voit dans Facebook un espace régi par trop de règles. Oui c'est important d'avoir des règles, mais lorsque vous devenez "ami" avec votre père, votre mère, votre grand-père sur Facebook vous vous dites que ce n'est peut-être plus le meilleur endroit pour partager certains contenus (dont ceux à caractère sexuel, ne nous mentons pas) ou photos. Twitter et TumblR sont les deux grands gagnants de cette bataille.

- Les artistes / blogueuses mode : TumblR semble avoir pris une longueur d'avance clairement sur Facebook désormais où la mise en avant visuelle semble être beaucoup plus riche sur cet espace

- Les spectateurs : même si Facebook entend bien ne pas lâcher la bataille de la Social TV (La Social TV : nouveaux champs de bataille entre Twitter et Facebook), Twitter sur ce terrain a une longueur d'avance

- Les annonceurs : Coca-Cola, Hermès, et même des clubs de sports comme les Dallas Mavericks voient en TumblR un espace plus pertinent et sur lequel plus fortement investir que Facebook. De plus l'augmentation croissante du coût de la visibilité sur Facebook, les échecs du F-commerce et un calcul du ROI incertain, incitent nombre d'annonceurs à revoir leur copie tactique de présence sur les médias sociaux. Sans pour autant déserter Facebook, le besoin de revoir ses investissements et de trouver une répartition plus juste avec d'autres supports (qui, ça tombe bien, lancent de plus en plus de fonctionnalités pour les annonceurs) est une nécessité pour les marques ayant une plus grande mâturité sur les réseaux sociaux.

 

La politique de confidentialité et les risques perçus et relayés autour du respect de la vie privée ne sont clairement pas la raison qui explique ce désintérêt, malgré ce que l'on peut lire ici et là. Depuis plus de 4 ans, tous les mois, on remet sur le dos de Facebook cette question de la confidentialité des informations (et je ne remets pas en cause ici la pertinence de ce débat) sauf que si les internautes les plus réfractaires à cette politique de Facebook avait dû fermer leur compte ils l'auraient déjà fait depuis plusieurs mois. Rappelez-vous certains croyaient même que Diaspora, un réseau social aux antipodes de Facebook sur la question de la vie privée arriverait à faire du mal à Facebook. Il n'en a rien été !

 

Autre raison parfois évoquée pour démontrer un certain désintérêt : la Social Media Fatigue. Les internautes se lasseraient des réseaux sociaux et de Facebook. C'est pas totalement faux, ni totalement vrai. Il est vrai que lire des informations inutiles sur Facebook peut avoir un certain côté lassant, mais les médias sociaux ont une place de plus en plus grande dans la vie numérique des internautes. On partage et passe de plus en plus de temps sur les réseaux sociaux. Difficile donc de parler de Social Media Fatigue. Par contre, il est vrai que l'expérience recherchée par les internautes changent : la dimension Visuelle et Vidéo est de plus en plus forte dans nos usages, l'usage des réseaux sociaux couplée avec une expérience médiatique autre (la Social TV) se renforce également. Et ce sont justement sur ces deux terrains, comme évoqué précédemment, sur lesquels Facebook (malgré le rachat de Instagram) semble ne pas convenir aux internautes.

 

Mais est-ce que ce désintérêt est une perception ou une vraie tendance ? Dans les chiffres, il est compliqué d'en apporter la preuve car il ne s'agit pas d'un abandon définitif et brutal d'un compte / une page ou de l'utilisation de Facebook. C'est juste que Facebook ne devient plus LE réseau social et c'est en cela que l'on peut parler de désintérêt. On comprend l'envie et le besoin de Facebook d'élargir son spectre de présence dans la vie de ses membres (Facebook Graph Search, Facebook Phone ?) mais malheureusement la stratégie choisie à date vise plus à choyer les annonceurs (en leur offrant certes plus de fonctionnalités... mais moyennant des investissements qui doivent devenir plus conséquents) et les investisseurs que les internautes.

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