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Mission sur mars : la tête dans les étoiles

Mission sur mars : la tête dans les étoiles

Il aura fallu arriver au bout de la mission MDRS 164 de la Mars Society pour que nos 6 ingénieurs français, enfermés depuis le 21 Février dernier dans une capsule simulant la vie sur Mars, fassent face à l'immensité du ciel ... Récit de Camille Gontier, le journaliste et scientifique de bord.

Une soirée normale dans le Hab. Après avoir diné tous ensemble, l’équipage est allé vaquer à ses occupations pour la soirée : entretien des combinaisons, préparation de la sortie extra-véhiculaire du lendemain, lecture. Pour ma part, c’était l’analyse des données enregistrées par différents capteurs au cours de la sortie du matin qui devait occuper ma soirée. Quand ma radio s’est mise à grésiller : « Musk à HabCom : je pense que je tiens quelque chose qui peut vous intéresser... »

 

Le principal avantage qu’il y a à être sur Mars - ou pour le moment au milieu du désert de l’Utah - c’est de faire constamment face au ciel. Vierge de toute pollution lumineuse, uniquement troublé par les soubresauts de l’atmosphère qui confèrent aux étoiles leur charmant scintillement, il offre à voir un étalage colossal et baroque d’objets et de motifs, auxquels nous qui ne prenons même plus le temps de regarder les étoiles, sommes désormais presque aveugles. Lesdites étoiles, aux noms évocateurs de souvenirs oubliés. Deneb, Véga et Altair ont ce soir laissé la place à leurs sœurs des nuits d’hiver : Sirius, Procyon, Arcturus, Castor et Pollux. Les constellations, apprises dans l’enfance par un grand-oncle bienveillant sous le ciel de la Dordogne - de la campagne française aux déserts américains, quoi de plus universel que l’univers ? - réapparaissent peu à peu, s’entrainant les unes aux autres. Il est également tout à fait possible d’observer d’autres corps célestes, plus petits que des étoiles mais bien plus proches de la Terre : ainsi les autres planètes du système solaire nous apparaissent similaires à des étoiles, à peine caractérisées par un léger rougeoiement dans le cas de Vénus et de Mars. Enfin, pourvu qu’on lève la tête au bon moment (1), nous apparaissent pendant quelques minutes, aussi brillants que des étoiles, le vol solitaire d’un satellite de communication ou le paisible transit de l’immense Station Spatiale Internationale au-dessus de nous.

 

Notre station est donc dotée d’un respectable télescope, le Musk Observatory, protégé sous une coupole blanche de 3 mètres de haut, bardé de servo-moteurs permettant de braquer toutes les directions du ciel et relié au reste de la station par un tunnel. Tunnel que je m’empressais de traverser à l’appel de l’astronome de l’équipage, qui était allé s’enfermer dans l’observatoire dès la fin du repas. Et ce soir, il venait enfin de venir à bout des problèmes d’alignement des miroirs du télescope, qui nous empêchaient de voir quoi que ce soit depuis le début de la mission. En traversant le tunnel menant à l’observatoire, je ne sentais ni le crissement de mes bottes sur le sol, ni le froid mordant de la nuit du désert. A vrai dire, j’avais moins peur de constater un nouveau défaut d’alignement des miroirs, que d’effectivement voir quelque chose dans la lunette…

 

En arrivant, Arthur, l’astronome de bord affichant sur son visage le serein bonheur du travail finalement accompli et prêt à être malicieusement partagé, m’invita à poser mon œil contre l’oculaire. J’y vis, dansant juste devant ma pupille, une petite sphère d’environ un demi-centimètre d’apparence, striée de cinq ou six belles bandes ocres et crèmes, et dont les vents des hautes couches de l’atmosphère terrestre faisaient légèrement vaciller l’image. Jupiter, grosse comme mille Terre et cinq fois plus éloignée du soleil, flottait paisiblement sous mon œil.

 

Quatre de ses satellites, de petits points blancs vifs dans l’oculaire, l’encadraient et me donnaient l’impression de pouvoir saisir l’ensemble dans son volume. Je réprimai un tremblement, car c’est exactement cela que je redoutais de voir en faisant le chemin depuis la station. Ne venais-je pas de voyager encore plus vite que la vitesse de la lumière, pour me mettre en orbite autour d’une planète géante, plus vaste que tout ce que je pourrai marcher en une vie, et qui pourrait m’engloutir, m’écraser en son sein si je venais à m’en approcher trop près ? N’étais-je pas en train de flotter à une altitude vertigineuse au-dessus d’elle ?

 

Nous continuâmes longtemps notre exploration du ciel, sans qu’à aucun moment je ne parvienne à me débarrasser de cette terrifiante appréhension au moment de poser mon œil sur l’oculaire : je me retrouverai en effet instantanément téléporté au-dessus d’un astre dont la taille, la masse et la distance à la Terre pouvaient me submerger à tout instant. Saturne et ses superbes anneaux, les sinistres cratères de la Lune le long de son terminateur, les douces Pléiades et la beauté éthérée de la lumière bleue du Nuage d’Orion : à chaque fois, je craignais de ne pas pouvoir m’extraire de ma rêveuse observation pour rentrer sur Terre ; mais à chaque fois, je parvins à décoller mon œil de l’objectif et à rentrer chez moi.

 

Cela me rappelait ce que l’on m’avait appris du temps où je travaillais au CNES : « De l’Espace Pour la Terre ». Car c’est bien cela notre but : avoir la tête dans les étoiles, mais garder les pieds sur Terre.

 

 

Journal de bord de Camille Gontier, Journaliste de bord MDRS 164

Propos recueillis par Caroline Martin

Pour revivre la mission du début : 

 

L'ADN vous emmène sur Mars

La vie sur Mars : premiers contacts

En direct de Mars : première sortie en scaphandre 

Voyage sur Mars : premières angoisses 

En direct de Mars : réflexions sur la marche du monde 

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(1) Ou que l’on consulte le site de la NASA pour obtenir les heures de passage visible, mais c’est tellement plus prosaïque

 

Crédit photo

Tags : Etats-Unis
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